Madame Badinter, la laïcité n’est pas morte, elle est simplement en crise d’adolescence

L’on me dit que Madame Elisabeth Badinter est une grande femme, qui fait valoir des principes louables et une pensée critique constructive et féministe. Je tiens donc à saluer ces qualités qui sont à mon avis des attributs humains nobles et nécessaires.

Je ne me permettrai donc pas d’émettre quelque jugement de valeur que ce soit sur une personne que je ne connais que très peu. Je me permettrai, toutefois, de partager quelques pensées suite à la lecture d’un article publié par Marianne le 3 février 2015 intitulé Elisabeth Badinter : “Je ne pardonne pas à la gauche d’avoir abandonné la laïcité”.

Celui-ci m’a été envoyé par une connaissance, un journaliste avec lequel j’échangeais sur la problématique de l’islam en Europe. La veille, un ami m’envoyait un article de la Tribune de Genève sur “l’islamisation rampante”. Un processus de réflexion s’était alors mis en route. En tant que musulman (très) modéré, je peux tout à fait concevoir l’incompréhension de certains face au décalage total de certains pratiquants zélés. En revanche, ce que je ne m’explique toujours pas est le fait que l’islam lui-même soit devenu source de malaise profond malgré l’ignorance totale de détracteurs au sujet de ses fondements, ses principes et son essence.

On parle toujours des arabes musulmans à problèmes. Pourquoi ne pas parler des autres? Ceux qui ne font pas peur. Ceux qui rendent fier. Pas les intégristes, mais les intégrés. La réponse désolante à laquelle je suis confronté quand je pose cette question est qu’il est “difficile de s’adresser publiquement à un arabe athée, car celui-ci souffre d’une terrible pression familiale ou sociale et que les risques de représailles graves sont une réalité.

Rien ne vous choque dans ce constat?

On s’est abandonné dans un schéma réducteur et simpliste par lequel un arabe intégré équivaudrait à un arabe athée.

L’islam fait peur.

En France, la laïcité est devenu le catalyseur de cette peur, et certains intellectuels islamophobes (n’oublions pas l’étymologie du mot) les rationalisateurs de cette défaite culturelle et sociale.

C’est donc plein d’humilité et avec la plus grande objectivité dont je parviens à m’armer que je partage ces quelques mots au sujet de l’interview d’Elisabeth Badinter dans Marianne.

Islam : Religion incomprise

Le problème, à mon avis n’est pas l’islam lui-même, mais la conception de la religion par certains pratiquants ignorants. En France, il semble régner une profonde incompréhension du fait que cet islam qui leur fait peur est un mélange subtile de politique, d’héritage culturel défaillant et de l’instrumentalisation de la religion.

Le voile et la laïcité

Toute l’attention autour du voile me fait un peu rire… La laïcité qui autrefois était garante d’impartialité et d’égalité est devenue le fer de lance de la conformité par l’effacement de soi. Je ne comprends pas que certains qui parlent au nom de la République puissent se sentir menacés par un bout de tissu. La question du voile est un symptôme d’une France qui peine à définir sa propre identité, dont les musulmans font aujourd’hui partie.

Hier, ils étaient des invités dans la maison de la République. Aujourd’hui, c’est une colocation. La question ne se pose plus pour les migrants irlandais aux Etats Unis, ni même pour les descendants Néerlandais en Afrique du Sud, malgré leur lourd passé. Elle ne peut simplement plus se poser pour les Français d’origine maghrébine. Tâchez donc d’en prendre conscience lorsque vous définissez la France.

Pour en revenir à l’article, je trouve certaines choses vraiment problématiques. D’abord de la part du journaliste, puis dans les propos de cette brillante femme, Mme Batinder.

Le journaliste use et abuse de “Plurium interrogationum” – Exemple :

“Etait-ce un oubli du sens de la laïcité ou une décision d’y mettre un terme ?”

Il pose une question qui se base sur le fait que la laïcité est morte en passant sur ce constat ahurissant comme si cela était un fait établi et afin de partir sur cette notion comme un acquis. Donc permettez-moi de sursauter, en tant que professionnel de la communication qui maîtrise ce genre de techniques, quand je vois un journaliste les appliquer. Non la laïcité n’est pas morte !

Ensuite, Mme Badinter dit qu’elle ne “croit pas en la différence heureuse”, pour paraphraser, elle dit “Vivons heureux, vivons homogènes et dénué d’identité” et poursuit directement par souligner le fait qu’elle est juive, ce qui explique sa compréhension du monde. Donc Mme Batinder valide qu’une partie de la construction de son identité émane de sa différence.

Une république qui se construit par la richesse de son peuple ne peut pas le faire en reniant la différence. Si demain, un courant de pensée se transforme en religion qui dit que le port du pantalon est l’expression ultime du divin, faut-il interdire les pantalons? Ce que le peuple fait n’a jamais été représentatif des contraintes qu’un pays laïc se doit de s’imposer.

Et pour ce qui est de certaines considérations féministes :

Je dirai simplement ce n’est pas protéger la femme que de l’amputer de sa liberté de choisir. Toutes les femmes voilées ne sont pas soumises, croyez-moi.

 

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